{"id":8161,"date":"2004-12-11T20:59:18","date_gmt":"2004-12-11T18:59:18","guid":{"rendered":"https:\/\/anp-genealogy.ch\/news-media\/non-categorise\/propriete-a-la-recherche-de-proprietaires-mckinsey-knowledge\/"},"modified":"2026-04-01T16:47:19","modified_gmt":"2026-04-01T14:47:19","slug":"propriete-a-la-recherche-de-proprietaires-mckinsey-knowledge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anp-genealogy.ch\/fr\/actualites-medias\/medias\/propriete-a-la-recherche-de-proprietaires-mckinsey-knowledge\/","title":{"rendered":"Propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 la recherche de propri\u00e9taires &#8211; McKinsey Knowledge"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8161\" class=\"elementor elementor-8161 elementor-7663\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9d06c0b e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"9d06c0b\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-3df3ed5 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"3df3ed5\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Jamais auparavant autant de fortunes n&#39;avaient \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9es en Allemagne qu&#39;aujourd&#39;hui. Gr\u00e2ce aux enqu\u00eateurs sp\u00e9cialis\u00e9s en successions, certaines personnes en sont totalement surprises.<\/p>\n<p> Si la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d&#39;Allemagne avait adopt\u00e9 le droit successoral de la RDA lors de la r\u00e9unification, sa situation financi\u00e8re serait aujourd&#39;hui bien meilleure, peut-\u00eatre aussi bonne que celle de la Suisse, qui applique au moins la variante socialiste en mati\u00e8re de droit successoral.<\/p>\n<p> Ces pens\u00e9es me viennent \u00e0 l&#39;esprit \u00e0 Dietikon, pr\u00e8s de Zurich, o\u00f9 quatre personnes sont assises sur des ballons de gymnastique devant leurs \u00e9crans, au troisi\u00e8me \u00e9tage d&#39;un immeuble discret. L&#39;une d&#39;elles a les yeux riv\u00e9s sur des microfilms de vieux registres paroissiaux, une autre, germaniste de formation, assemble des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques en de grandes banni\u00e8res. Le patron est au t\u00e9l\u00e9phone avec une dame de 87 ans dans une maison de retraite quelque part en Allemagne de l&#39;Est. \u00ab Quel \u00e9tait le nom du mari de votre s\u0153ur ? \u00bb demande-t-il, \u00ab et savez-vous aussi quand il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ?&#8230; Ont-ils eu des enfants ?&#8230; Oh, il \u00e9tait docteur ? Savez-vous par hasard o\u00f9 il vit aujourd&#39;hui ? \u00bb<\/p>\n<p> Dans le m\u00eame temps, il saisit le nom du m\u00e9decin sur www.teleauskunft.de, mais ne trouve aucune trace de lui. \u00ab Non, nous poursuivons nos recherches, mais nous vous recontacterons. Merci pour votre aide, au revoir. \u00bb Trois jours, trois semaines, trois mois plus tard, il rappellera peut-\u00eatre pour annoncer \u00e0 la vieille dame qu&#39;elle peut h\u00e9riter de 270\u00a0000 euros.<\/p>\n<p> Au troisi\u00e8me \u00e9tage de cet immeuble discret de Dietikon, il est question de valeurs sans propri\u00e9taires, des morts et de la recherche d&#39;au moins un h\u00e9ritier l\u00e9gitime. Car l&#39;homme au t\u00e9l\u00e9phone ne touche pas un centime, tandis que l&#39;\u00c9tat rafle tout.<\/p>\n<p> Manuel Aicher, 44 ans, est g\u00e9n\u00e9alogiste. D\u00e8s son adolescence, il s&#39;est passionn\u00e9 pour la recherche g\u00e9n\u00e9alogique. Fils du c\u00e9l\u00e8bre couturier Otl Aicher et de l&#39;\u00e9crivaine Inge Aicher-Scholl, il est aussi le neveu de Sophie et Hans Scholl, fr\u00e8re et s\u0153ur ex\u00e9cut\u00e9s en 1943 pour leur engagement dans la r\u00e9sistance de la \u00ab Rose Blanche \u00bb. D\u00e9sireux de conna\u00eetre leurs origines et leurs racines, Manuel Aicher a commenc\u00e9 par dessiner des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques, puis a accept\u00e9 des commandes de personnes d\u00e9sireuses, comme lui, d&#39;en apprendre davantage sur leur histoire familiale. C&#39;est ainsi qu&#39;il s&#39;est orient\u00e9 vers la recherche d&#39;h\u00e9ritiers il y a 20 ans, le m\u00e9tier d&#39;avocat ne le satisfaisant pas. \u00c0 Berlin, il a notamment retrouv\u00e9 huit h\u00e9ritiers d&#39;un apatride sans domicile fixe qui avait fui l&#39;Allemagne pour la Suisse dans les ann\u00e9es 1930 afin d&#39;\u00e9chapper au service militaire obligatoire et qui, avec son chariot de supermarch\u00e9, \u00e9tait devenu une figure famili\u00e8re de Zurich. Il a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 ses proches, stup\u00e9faits, 400\u00a0000 francs suisses. Aicher a obtenu quelques milliers d&#39;euros pour une personne transsexuelle qu&#39;il recherchait en tant qu&#39;homme et qu&#39;il a trouv\u00e9e en tant que femme.<\/p>\n<p> Les cas les plus positifs sont ceux o\u00f9 des personnes d\u00e9munies sont reconnaissantes pour quelques milliers d&#39;euros. Comme cette vieille dame de Dresde qui vit avec son mari avec une pension de 800 euros et doit sans cesse reporter une op\u00e9ration car la s\u00e9curit\u00e9 sociale refuse de la prendre en charge. Aicher l&#39;a retrouv\u00e9e parmi les quatre h\u00e9ritiers d&#39;une petite propri\u00e9t\u00e9 pr\u00e8s de Berlin, estim\u00e9e \u00e0 environ 60\u00a0000 euros. \u00ab\u00a0Elle m&#39;appelle r\u00e9guli\u00e8rement, mais je dois la rassurer en lui expliquant qu&#39;il faudra peut-\u00eatre des mois avant qu&#39;elle ne re\u00e7oive l&#39;argent sur son compte\u00a0\u00bb, confie Aicher.<\/p>\n<p> N&#39;importe qui peut devenir enqu\u00eateur successoral. Comme journaliste, d\u00e9tective ou \u00e9crivain. Pas besoin de dipl\u00f4me ni de formation sp\u00e9cifique, une simple licence professionnelle suffit. Et l&#39;argent est, \u00e0 premi\u00e8re vue, \u00e0 port\u00e9e de main\u00a0: l&#39;Institut allemand pour la pr\u00e9voyance vieillesse estime qu&#39;environ 15 millions de foyers allemands h\u00e9riteront d&#39;un patrimoine d&#39;environ deux mille milliards d&#39;euros au cours de cette d\u00e9cennie, soit 200 milliards d&#39;euros par an, un montant jamais atteint auparavant en R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale. Dans seulement 30\u00a0% des cas environ, un testament d\u00e9signe les h\u00e9ritiers\u00a0; dans tous les autres, c&#39;est le droit successoral du Code civil qui s&#39;applique, r\u00e9partissant les h\u00e9ritiers par ordre de priorit\u00e9\u00a0: apr\u00e8s le conjoint du d\u00e9funt, viennent ses enfants et petits-enfants\u00a0; ensuite, ses parents, ses fr\u00e8res et s\u0153urs, ses neveux et ni\u00e8ces, puis ses grands-parents et leurs descendants, et ainsi de suite.<\/p>\n<p> Jusque-l\u00e0, tout est l\u00e9gal. Mais que se passe-t-il si personne ne conna\u00eet les h\u00e9ritiers l\u00e9gitimes et que ces derniers ignorent eux-m\u00eames le d\u00e9c\u00e8s du proche\u00a0?<\/p>\n<p> <b>Plus d&#39;h\u00e9ritages, moins d&#39;h\u00e9ritiers<\/b><\/p>\n<p> De nombreux signes indiquent que ce ph\u00e9nom\u00e8ne va s&#39;amplifier \u00e0 l&#39;avenir, en raison de l&#39;augmentation du nombre de m\u00e9nages d&#39;une seule personne et de familles recompos\u00e9es, de l&#39;allongement de l&#39;esp\u00e9rance de vie et de l&#39;installation des personnes \u00e2g\u00e9es en maison de retraite. La d\u00e9sagr\u00e9gation des liens familiaux devrait alimenter le march\u00e9 des services d&#39;enqu\u00eate g\u00e9n\u00e9alogique dans un avenir proche. Manuel Aicher n&#39;est d&#39;ailleurs plus surpris de rencontrer, lors de ses recherches, des personnes qui ignorent si leurs fr\u00e8res et s\u0153urs, leurs parents et leurs enfants vivent, et encore moins o\u00f9.<\/p>\n<p> Au d\u00e9but de son travail, il trouve g\u00e9n\u00e9ralement un texte aride dans une publication officielle comme celle du Journal officiel f\u00e9d\u00e9ral, qui se trouve maintenant devant lui\u00a0: \u00ab\u00a0Tribunal de district de Pirna, requ\u00eate publique. Hans-Werner B\u00f6hm, n\u00e9 le 18 mars 1931 \u00e0 Ammendorf, aujourd\u2019hui Halle (Saale), d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 23 janvier 2003. (&#8230;) Sa demi-s\u0153ur (&#8230;) est coh\u00e9riti\u00e8re l\u00e9gale d\u2019un quart de la succession. En lieu et place d\u2019un h\u00e9ritier pr\u00e9d\u00e9c\u00e9d\u00e9, ses descendants interviennent. Les h\u00e9ritiers l\u00e9gaux en question souhaitent se pr\u00e9senter au tribunal des successions de Pirna dans les six semaines suivant la publication, en fournissant une description d\u00e9taill\u00e9e de leur lien de parent\u00e9. (&#8230;) La part successorale nette au prorata devrait s\u2019\u00e9lever \u00e0 environ 700,00\u00a0\u20ac. Pirna, le 29 septembre 2004.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Les tribunaux et les \u00e9tudes notariales rencontrent souvent des difficult\u00e9s pour d\u00e9terminer les h\u00e9ritiers, voire rechignent \u00e0 s&#39;en charger. Avec une succession de 700 euros, c&#39;est \u00e9galement le cas pour Aicher, car \u00ab cette somme est d\u00e9j\u00e0 absorb\u00e9e par les frais de notification \u00bb. Une affaire ne devient int\u00e9ressante pour lui qu&#39;\u00e0 partir de 30\u00a0000 euros environ. Il obtient alors une procuration de l&#39;administrateur de la succession ou du tribunal pour d\u00e9signer les h\u00e9ritiers. Mais plus la succession est importante, plus il est probable que d&#39;autres enqu\u00eateurs se penchent \u00e9galement sur la question.<\/p>\n<p> <b>Enqu\u00eates jusqu&#39;en 1750<\/b><\/p>\n<p> Les cantons d&#39;Aicher, comme le Tessin, Zoug ou Berne, pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat particulier pour les enqu\u00eateurs successoraux, car de nombreux \u00e9trangers fortun\u00e9s et \u00e2g\u00e9s y passent leur retraite pour des raisons fiscales. C&#39;est le cas de Nina Kandinsky, retrouv\u00e9e \u00e9trangl\u00e9e il y a plusieurs ann\u00e9es dans sa maison de la ville hupp\u00e9e de Gstaad, laissant derri\u00e8re elle une fortune d&#39;environ 20 millions de francs. Son mari, le c\u00e9l\u00e8bre peintre, \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et ils n&#39;avaient pas d&#39;enfants. Un consortium d&#39;enqu\u00eateurs, auquel appartenait Aicher, a retrouv\u00e9 la trace des parents de cette citoyenne fran\u00e7aise issus de la noblesse russe. Les chercheurs n&#39;ont pas retrouv\u00e9 le fr\u00e8re de Nina Kandinsky, mais ont identifi\u00e9 des membres de la famille de sa m\u00e8re, qui ont \u00e9galement re\u00e7u leur part d&#39;h\u00e9ritage. Cependant, personne du c\u00f4t\u00e9 paternel ne s&#39;est pr\u00e9sent\u00e9 pour prouver le lien de parent\u00e9. \u00ab La moiti\u00e9 de l&#39;h\u00e9ritage revenant au p\u00e8re est revenue \u00e0 l&#39;\u00c9tat fran\u00e7ais \u00bb, se souvient Aicher.<\/p>\n<p> Ce genre de situation est relativement fr\u00e9quent en Suisse, car l\u00e0-bas, comme en RDA, la succession l\u00e9gale ne s&#39;\u00e9tend qu&#39;aux descendants des grands-parents. Quiconque a un lien de parent\u00e9 avec le d\u00e9funt \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration ant\u00e9rieure n&#39;a aucun droit \u00e0 l&#39;h\u00e9ritage\u00a0: celui-ci revient \u00e0 l&#39;\u00c9tat. \u00ab\u00a0En Allemagne, en revanche, je peux th\u00e9oriquement remonter jusqu&#39;\u00e0 Adam et \u00c8ve pour trouver un h\u00e9ritier l\u00e9gal\u00a0\u00bb, explique Aicher, qui a men\u00e9 des recherches jusqu&#39;en 1750. \u00c0 l&#39;instar de la citoyennet\u00e9, o\u00f9 l&#39;identit\u00e9 et la langue ne sont pas centr\u00e9es sur l&#39;appartenance \u00e0 l&#39;Allemagne mais plut\u00f4t sur la descendance d&#39;anc\u00eatres allemands, le droit successoral allemand rattache la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e au sang du clan, aussi dispers\u00e9 soit-il.<\/p>\n<p> Il est donc \u00e9conomiquement judicieux pour Aicher de se concentrer sur le march\u00e9 des successions allemandes. \u00c0 Berlin, il dispose d&#39;un bureau avec un employ\u00e9 permanent et plusieurs ind\u00e9pendants. Gr\u00e2ce \u00e0 un volume important de dossiers successoraux, son taux de r\u00e9ussite en Allemagne atteint 80 \u00e0 90 %, tandis qu&#39;en Suisse, il est in\u00e9vitablement inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p> En tant que citoyen engag\u00e9 politiquement, il consid\u00e8re l&#39;h\u00e9ritage illimit\u00e9 comme une absurdit\u00e9\u00a0: il engendre \u00e0 long terme des d\u00e9s\u00e9quilibres sociaux. \u00ab\u00a0Il est absurde que dans une ville comme Berlin, les piscines ext\u00e9rieures soient ferm\u00e9es l&#39;\u00e9t\u00e9 faute de budget, alors m\u00eame que des h\u00e9ritages sont vers\u00e9s \u00e0 des personnes ayant le m\u00eame anc\u00eatre que le d\u00e9funt.\u00a0\u00bb Il y a quelques ann\u00e9es, Aicher a l\u00e9gu\u00e9 aux h\u00e9ritiers d&#39;une propri\u00e9t\u00e9 dont le propri\u00e9taire \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1945. \u00ab\u00a0Dans ce cas, il serait plus judicieux de verser aux h\u00e9ritiers une compensation financi\u00e8re et de reverser la majeure partie du produit de la vente \u00e0 la collectivit\u00e9\u00a0\u00bb, explique Aicher.<\/p>\n<p> <b>Les donn\u00e9es personnelles de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re peuvent \u00eatre utiles<\/b><\/p>\n<p> Comme ce n&#39;est pas le cas, il est occup\u00e9. Un arbre g\u00e9n\u00e9alogique avec des dizaines de cases s&#39;affiche sur son \u00e9cran\u00a0; sous l&#39;une d&#39;elles, on peut lire \u00ab\u00a0D\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0\u00bb, sous les autres, seulement des points d&#39;interrogation. Aicher est de nouveau au t\u00e9l\u00e9phone, posant toujours les m\u00eames questions\u00a0: \u00ab\u00a0Quand X est-il d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0O\u00f9 vit Y\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0XY a-t-il eu des enfants\u00a0?\u00a0\u00bb S&#39;il obtient des r\u00e9ponses, il saisit les donn\u00e9es dans les cases\u00a0: date et lieu de naissance, religion, statut marital, conjoint et leurs donn\u00e9es biographiques, lieu et date du mariage, date et lieu du d\u00e9c\u00e8s. Les enqu\u00eateurs g\u00e9n\u00e9alogiques doivent \u00eatre de v\u00e9ritables mordus de dossiers et d&#39;une m\u00e9ticulosit\u00e9 extr\u00eame. Un nom de village erron\u00e9 en Pom\u00e9ranie orientale ou en Mac\u00e9doine, un Schmid sans \u00ab\u00a0at\u00a0\u00bb, un Kaspar avec un \u00ab\u00a0C\u00a0\u00bb, un catholique transform\u00e9 par erreur en r\u00e9form\u00e9\u2026 et la piste m\u00e8ne \u00e0 une impasse o\u00f9 l&#39;enqu\u00eateur se perd, peut-\u00eatre sans jamais s&#39;en souvenir.<\/p>\n<p> M\u00eame les arbres g\u00e9n\u00e9alogiques complets n&#39;ont pas beaucoup de valeur au d\u00e9part, car ils ne disent rien sur le lieu de r\u00e9sidence des h\u00e9ritiers. Les certificats de famille ne contiennent que les informations personnelles, pas le lieu de r\u00e9sidence. Aicher\u00a0: \u00ab\u00a0J&#39;ai eu le cas d&#39;un homme n\u00e9 en Suisse mais d\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l&#39;autre c\u00f4t\u00e9 du lac L\u00e9man.\u00a0\u00bb Il figurait encore au registre d&#39;\u00e9tat civil car les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ne l&#39;avaient pas d\u00e9clar\u00e9. Les enqu\u00eateurs se plongent donc dans les registres de population, les annuaires et les n\u00e9crologies des vieux journaux, \u00e9crivent aux archives paroissiales, envoient des fax aux services d&#39;\u00e9tat civil, consultent les annuaires t\u00e9l\u00e9phoniques internationaux et les encyclop\u00e9dies locales, \u00e9pluchent les listes de passagers des navires d&#39;\u00e9migrants, les recensements am\u00e9ricains, les cartes historiques, les actes de naissance, les registres de mariage et le registre des d\u00e9c\u00e8s de la s\u00e9curit\u00e9 sociale am\u00e9ricaine. Pour r\u00e9ussir leurs recherches, ils doivent ma\u00eetriser l&#39;ancien alphabet allemand et conna\u00eetre les archives d&#39;avant-guerre, les itin\u00e9raires d&#39;exfiltration des Juifs sous le Troisi\u00e8me Reich et les flux d&#39;expulsion en Europe de l&#39;Est. L&#39;acc\u00e8s aux donn\u00e9es personnelles de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re peut parfois s&#39;av\u00e9rer utile.<\/p>\n<p> \u00ab C&#39;est un puzzle gigantesque dont les pi\u00e8ces sont souvent \u00e9parpill\u00e9es aux quatre coins du monde \u00bb, explique Aicher. Et : c&#39;est un puzzle dont personne ne sait m\u00eame quelles pi\u00e8ces existent. Parfois, des ind\u00e9pendants, un d\u00e9tective priv\u00e9 ou un coll\u00e8gue \u00e9tranger trouvent ce qu&#39;ils cherchent \u2013 une autre pi\u00e8ce du puzzle quelque part dans le monde \u2013 en interrogeant des voisins ou en obtenant le t\u00e9moignage d&#39;un fossoyeur dans un cimeti\u00e8re. Mais parfois, il ne s&#39;agit que d&#39;un \u00e9l\u00e9ment marginal et sans valeur qui ne permet pas d&#39;avoir une vision d&#39;ensemble. Or, c&#39;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que les tribunaux exigent avant de d\u00e9livrer un certificat d&#39;h\u00e9ritage : un dossier complet, des preuves irr\u00e9futables, document\u00e9es par des actes de naissance, de mariage et de d\u00e9c\u00e8s officiellement certifi\u00e9s.<\/p>\n<p> Aicher a connu des affaires o\u00f9 une simple carte postale, retrouv\u00e9e dans le dossier de succession, lui a permis de retrouver l&#39;unique h\u00e9ritier en deux ou trois coups de fil. D&#39;autres l&#39;ont occup\u00e9 pendant cinq, huit, voire dix ans, avant de sombrer dans l&#39;oubli. \u00ab On ne sait jamais o\u00f9 une affaire va nous mener, c&#39;est un pari \u00bb, explique Aicher, qui, comme ses coll\u00e8gues, travaille \u00e0 ses propres risques financiers, toujours pr\u00eat \u00e0 ne jamais rencontrer un h\u00e9ritier. Voire une quarantaine, dont lui-m\u00eame, qui a bloqu\u00e9 l&#39;h\u00e9ritage \u2013 et donc les honoraires d&#39;Aicher \u2013 pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n<p> Voil\u00e0 pourquoi les enqu\u00eateurs successoraux doivent \u00eatre \u00e9conomes et se renseigner au maximum par t\u00e9l\u00e9phone, par courrier ou sur Internet, sans jamais prendre l&#39;avion. Budapest, Odessa, Bologne, Paris, Memphis, Tel Aviv\u2026 le monde entier se perd dans les dossiers poussi\u00e9reux et les taches de caf\u00e9 sur les claviers d&#39;ordinateur lorsqu&#39;il s&#39;agit d&#39;enqu\u00eater sur une succession. Le moment crucial, le moment vraiment palpitant, arrive \u2013 s&#39;il arrive un jour \u2013 au tout dernier moment, lorsque l&#39;enqu\u00eateur successoral se pr\u00e9sente aux h\u00e9ritiers stup\u00e9faits avec les preuves qu&#39;il a rassembl\u00e9es. Autrement dit, il laisse les documents au bureau et tente plut\u00f4t de convaincre les h\u00e9ritiers qu&#39;il est le seul \u00e0 pouvoir les d\u00e9signer comme h\u00e9ritiers. Comme les enqu\u00eateurs successoraux n&#39;ont aucun droit l\u00e9gal \u00e0 des honoraires \u2013 ils enqu\u00eatent initialement sans mandat du futur h\u00e9ritier \u2013, ils doivent, en quelque sorte, app\u00e2ter leurs clients potentiels\u00a0: les h\u00e9ritiers re\u00e7oivent juste assez d&#39;informations pour signer le contrat d&#39;honoraires \u2013 Aicher demande g\u00e9n\u00e9ralement 20\u00a0% de la valeur de la succession \u2013 mais jamais suffisamment pour qu&#39;ils puissent identifier le d\u00e9funt par eux-m\u00eames.<\/p>\n<p> <b>La comp\u00e9tition ne dort jamais.<\/b><\/p>\n<p> \u00ab J\u2019ai d\u00fb apprendre \u00e0 la dure \u00bb, se souvient Aicher \u00e0 propos d\u2019une de ses premi\u00e8res affaires. Les h\u00e9ritiers l\u2019avaient remerci\u00e9 pour ses pr\u00e9cieux conseils et l\u2019avaient renvoy\u00e9 chez lui sans contrat\u00a0; il s\u2019agissait de plusieurs maisons individuelles \u00e0 Berlin. Sans parler de la concurrence\u00a0: il arrive que les h\u00e9ritiers se manifestent quelques jours plus t\u00f4t, ou qu\u2019ils arrivent plus tard, mais accompagn\u00e9s d\u2019h\u00e9ritiers de rang inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p> La recherche d&#39;h\u00e9ritiers est une activit\u00e9 tr\u00e8s al\u00e9atoire. 80 % du chiffre d&#39;affaires annuel d&#39;Aicher repose sur trois ou quatre dossiers parmi la douzaine qu&#39;il traite chaque ann\u00e9e. Ceci explique pourquoi, malgr\u00e9 la vague d&#39;h\u00e9ritages en Allemagne, on ne compte qu&#39;une vingtaine d&#39;enqu\u00eateurs g\u00e9n\u00e9alogiques sur le terrain, et Manuel Aicher est le seul en Suisse al\u00e9manique. D&#39;ailleurs, la profession n&#39;a pas bonne r\u00e9putation aupr\u00e8s de certains : on les accuse d&#39;\u00eatre des intrus qui, forts de leur connaissance exclusive des liens familiaux, font chanter les h\u00e9ritiers pour obtenir des commissions exorbitantes. En revanche, les 20 \u00e0 30 % habituellement pratiqu\u00e9s en Allemagne sont bien inf\u00e9rieurs aux 50 % que certains enqu\u00eateurs g\u00e9n\u00e9alogiques aux \u00c9tats-Unis s&#39;octroient, et restent modestes compar\u00e9s aux sommes per\u00e7ues par l&#39;\u00c9tat.<br \/> prendrait \u00e0 l&#39;enqu\u00eateur, c&#39;est-\u00e0-dire tout.<\/p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a4b6ae8 elementor-widget elementor-widget-button\" data-id=\"a4b6ae8\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"button.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-button-wrapper\">\n\t\t\t\t\t<a class=\"elementor-button elementor-button-link elementor-size-sm\" href=\"https:\/\/anp-genealogy.ch\/fr\/mckinsey-12-2004\/\" download=\"\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-content-wrapper\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-icon\">\n\t\t\t\t<i aria-hidden=\"true\" class=\"ibv ibv-arrow-down\"><\/i>\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-text\">T\u00e9l\u00e9charger l'article<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jamais auparavant autant de fortunes n&#39;avaient \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9es en Allemagne qu&#39;aujourd&#39;hui. 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